Chikungunya en Gironde : 57 cas autochtones, huit communes sous vigilance sanitaire
En un mois, les cas autochtones de chikungunya ont plus que triplé en Gironde, avec huit communes désormais sous vigilance sanitaire.

James Gathany/CDC, Public domain — Wikimedia Commons
Depuis la mi-août, la mairie de Prignac-et-Marcamps, 1 500 habitants au nord de Bordeaux, a fermé par arrêté son stade municipal, son terrain de football et son court de tennis. Motif : une maladie qu'on associe d'ordinaire aux Antilles ou à l'océan Indien, le chikungunya, circulait dans les jardins du village. Un mois plus tard, ce foyer rural est devenu le centre d'une épidémie qui a gagné Bordeaux et Talence.
Le 17 septembre, l'agence régionale de santé (ARS) Nouvelle-Aquitaine a de nouveau haussé le ton : 57 cas autochtones de chikungunya sont désormais recensés en Gironde, selon le bulletin de Santé publique France du 15 septembre. Un cas autochtone désigne une personne contaminée sans avoir voyagé en zone tropicale dans les quinze jours précédant l'apparition des symptômes, la preuve que le virus circule bel et bien sur place, via les piqûres du moustique tigre, seul vecteur de transmission connu.
Comment un village de 1 500 habitants est devenu le foyer numéro un
La progression est rapide et documentée bulletin après bulletin. Mi-août, seize cas étaient recensés à Prignac-et-Marcamps, ce qui avait conduit le maire à fermer les équipements sportifs en plein air par précaution. Fin août, le chiffre grimpait à 23 cas pour l'ensemble du département. Début septembre, la Gironde concentrait 46 des 57 cas autochtones alors dénombrés dans toute la France, répartis en huit foyers actifs, faisant du département la zone la plus touchée du pays, devant le Tarn où le tout premier cas de la saison avait été détecté le 29 juillet. Au 15 septembre, huit communes girondines sont placées sous surveillance renforcée : Prignac-et-Marcamps, Talence, Cavignac, Arcachon, Bordeaux, Étauliers, Portets et Créon. Un neuvième foyer est actif à Biscarrosse, dans les Landes.
Entre le 1er mai et le 15 septembre, l'opérateur Altopictus, mandaté par l'ARS, a mené 68 traitements de démoustication en Gironde et trois dans les Landes. Ces opérations ciblent les jardins et l'espace public autour de chaque cas signalé, pour casser la chaîne de transmission avant qu'un moustique infecté ne pique un nouvel habitant.
La maladie n'a rien d'anodin. Après une incubation de deux à dix jours, elle provoque fièvre, douleurs musculaires, éruption cutanée et surtout des atteintes articulaires souvent très invalidantes, aux poignets, aux chevilles ou aux genoux. Il n'existe pas de traitement curatif, seulement des soins contre les symptômes. Selon les données médicales disponibles sur la maladie, jusqu'à un tiers des personnes symptomatiques développent une forme chronique, avec des douleurs qui persistent parfois plusieurs mois après l'infection initiale.
Ce que la première alerte de 2025 avait déjà annoncé
Rien de tout cela n'est vraiment une surprise pour qui suit le dossier depuis un an. En 2025, la France hexagonale avait enregistré un record de 809 cas autochtones de chikungunya entre mai et novembre selon Santé publique France, contre quelques dizaines seulement les saisons précédentes. Cette année-là marquait aussi une première pour la région : 16 épisodes de transmission locale avaient été identifiés en Nouvelle-Aquitaine, du jamais-vu, aux côtés des régions historiquement touchées comme Provence-Alpes-Côte d'Azur ou l'Occitanie. Le moustique tigre, implanté dans 83 des 96 départements métropolitains au 1er janvier 2026, gagne du terrain chaque saison.
Face à cette perspective, Bordeaux Métropole avait annoncé avant l'été un plan renforcé : passage du traitement préventif des gîtes larvaires de 40 % à 100 % de l'espace public et des bâtiments métropolitains, plus de 2 100 gîtes recensés et suivis, distribution de kits gratuits dans les mairies de quartier. Talence, commune la plus urbaine parmi celles aujourd'hui touchées, expérimente de son côté un programme baptisé « zéro moustique », avec des habitants formés comme relais de surveillance en partenariat avec le centre de démoustication de la métropole. Ces dispositifs n'ont pas empêché l'apparition de cas sur leur territoire, mais l'ARS les présente comme le levier pour limiter la propagation, aux côtés des gestes individuels : vider les coupelles, ranger les objets qui retiennent l'eau, poser des moustiquaires.
Aucune opposition ou critique locale ne s'est exprimée publiquement à ce stade sur la stratégie de démoustication ou sur la gestion de l'épidémie en Gironde. Au niveau national, des associations environnementales ont par le passé mis en cause l'usage répété d'insecticides comme la deltaméthrine, dont l'Anses a confirmé dès 2014 les risques de résistance croissante chez les moustiques et d'impact sur des insectes non ciblés, mais ce débat ne s'est pas encore invité dans le dossier girondin.
L'ARS demande à toute personne ayant fréquenté depuis début septembre l'une des communes concernées, et présentant fièvre, douleurs articulaires ou éruption cutanée, de consulter sans tarder son médecin traitant. Le chikungunya fait partie des maladies à signalement obligatoire auprès de l'ARS, ce qui permet de déclencher rapidement des enquêtes de terrain autour de chaque nouveau cas. Dans les Landes, une seconde opération de démoustication nocturne est prévue à Biscarrosse dans la nuit du 18 au 19 septembre, entre 22 heures et 7 heures, après un premier traitement effectué deux jours plus tôt.
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